Les Français parlent aux Français du bout du monde n° 13

16 août 2021
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Honneur aux anciens, honneur à Jean Billaud, l'homme à qui « De Gaulle a donné des ailes »

Honneur à un de ces « grands » anciens dont le souvenir restera gravé dans nos mémoires. Honneur à Jean Billaud... Né dans un petit village des Deux-Sèvres, à Frontenay Rohan-Rohan, Jean est très tôt orphelin d'un père mortellement blessé dans la locomotive qu'il conduisait. En 1942, il a 20 ans. Le soir, il écoute Radio Londres et entend la voix d'un général qui a refusé la défaite et qui mobilise les Français de France et du bout du monde au micro de la BBC. Il ne lui faudra pas longtemps pour se décider !

Christian Paris lui a consacré un livre « De Gaule m'a donné des ailes ». [1] Un livre aussi émouvant que riche en anecdotes rares. Lorsque Christian, ancien commandant de bord à Air France, nous a mis en contact avec Jean Billaud, nous avons partagé sa conviction acquise lors de leur première rencontre. Nous nous trouvions devant « un grand homme oublié. Deux raisons à cela : une humilité absolue, ascétique, conjuguée à un souci quasi obsessionnel de ne pas tirer la couverture de l'Histoire à lui, de ne pas faire d'ombre au petit cimetière d'Elvington [1] ou reposent tant de ceux qu'il appelle affectueusement « ses camarades ». La seconde cause de ce glissement vers l'abîme de l'oubli est cette capacité des peuples à l'amnésie collective face à certains pans de l'Histoire... Les héros des périodes sombres finissent par déranger tant leur seule présence constitue le douloureux rappel de ce qui a manqué aux autres, à tous les autres... » [2]

Au départ, rien ne prédestinait Jean Billaud à devenir un de ces héros qui vont écrire une des plus belles pages de notre histoire contemporaine. Il n'a que 20 ans en 1942... « Il est pourtant chargé d'âme et sa très jeune épouse attend leur second enfant, mais sa décision est prise. A l'âge de toutes les insouciances, rien ne lui semble impossible, et déjouant les patrouilles il franchit les Pyrénées avant d'être finalement capturé par la Guardia Civil espagnole. Après six mois d'internement dans le terrible camp de Miranda, il est échangé contre du blé par la Croix Rouge. Malgré de nombreuses péripéties, il rejoint enfin Londres... Il est recruté par la Royal Air Force, et c'est dans la bulle arrière d'un Halifax, le poste du mitrailleur de queue, qu'il va faire la guerre, non sans avoir subi l'entrainement si exigeant des aviateurs britanniques. Il accomplira 28 missions de bombardement de l'Allemagne, de nuit, et survivra là où périrent la moitié des équipages engagés dans la bataille, et furent abattus plus de 12000 bombardiers. »[2]

A la fin de la guerre, démobilisé il quitte le Squadron 346 « Guyenne » et revient en France où les gens comme lui qui ont combattu dans la RAF ne suscitent aucun enthousiasme alors au ministère de l'Air ou à Air France... « Ce pays pour lequel il a combattu ne le reconnaît pas ». Il quitte Paris en stop pour retrouver enfin sa femme et découvrir leur fille qui a près de 3 ans. C'est décidé, il reprend son balluchon et va poser ses valises au Maroc où « il est embauché par les Rollin, un couple ami et soutien financier du Général de Gaulle, pendant la durée de la guerre. Apprécié, Jean devient leur homme de confiance et c'est tout naturellement qu'il sera présenté au Général lorsque celui-ci viendra en compagnie de son épouse au baptême d'Yves, leur petit fils. Pendant douze jours, il sera le guide du couple de Gaulle, qui a immédiatement de la sympathie pour ce jeune homme, qui appartient à la famille des Forces Françaises libres. Les liens établis ne se distendront jamais. »[2]

Il deviendra alors l'homme des missions de confiance du général, en Asie d'abord, au Laos et au Cambodge, jusqu'au 1er septembre 1966. Le général de Gaulle est à Phnom Penh. Jean qui est devenu le pilote de Sihanouk est à ses côtés. Le général lui dit alors : « Billaud, il faut songer à rentrer. On a besoin de vous en France ». Il quitte l'armée et part en mission pour l'Afrique où il deviendra le pilote personnel du chef de l'État et le représentant du SDECE, directement branché sur l'Élysée. A la mort du général de Gaulle, il poursuivra sa tâche pendant de longues années... Jusqu'au jour où, en poste au Burundi, il est devenu gênant.

Il ne mettra pas longtemps à découvrir le pot au roses à Bujumbura, où le jeune ministre de la coopération Christian Nucci s'était vu confier un budget très supérieur au coût prévisible de l'événement. Le différentiel ayant manifestement vocation à alimenter les caisses du parti présidentiel... L'Elysée met son véto à la présence de Billaud, clairement « étiqueté de droite », pire encore de « gaulliste de toujours ». L'ambassadeur lui annonce son licenciement. Jean Billaud rentre en France, saisit les tribunaux qui lui rendront justice.

Jean retourne à La Rochelle où il est citoyen d'honneur, autour des siens. Sans le merveilleux témoignage que nous a laissé Christian Paris avec ce livre, il serait un de ces « petit gars » comme la France a su en produire, un héros anonyme qui a servi son pays avec honneur et fidélité.
Ceux qui souhaiteraient prolonger cet entretien avec un homme d'exception, attachant, on ne peut que leur conseiller de lire ce livre qui leur apprendra beaucoup de chose sur la grandeur et la petitesse humaine.
Le témoignage de ce grand ancien nous a touchés. A 95 ans, il est resté le même : humble et décidé. Cet homme de l'ombre a su conserver jusqu'au bout une jeunesse et l'esprit qu'il avait déjà à 20 ans.

[1] RAF Elvington, Mémorial des deux groupes de bombardement lourd français (Squadron 346 « 2/23 Guyenne » et Squadron 347 « 1/25 Tunisie). 2000 Hommes. La moitié sont « morts pour la France ».
 [2]« De Gaulle m'a donné des ailes... La vie extraordinaire de Jean Billaud » de Christian Paris aux éditions 7 écrit (Février 2018)

Joël-François Dumont

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