Les Français parlent aux Français du bout du monde n° 11

03 août 2021
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Difficile de résumer en 300 pages la vie d’un jeune « ancien » commandant de bord à Air France, Christian Paris, qui a tutoyé le ciel pendant plus de trois ans de sa vie en heures de vol « cumulées », à 33.000 pieds, soit à plus de dix kilomètres d’altitude. Cela permet de voir les choses de haut, certes, mais aussi de constater qu’à bord on ne quitte pas complètement le plancher des vaches… Il paraît que « la cabine d’un avion exacerbe les comportements, révèle les personnalités, stimule tous les fantasmes. Lieu restreint et confiné, il est le théâtre de tous les possibles, le temps d’un vol… »

Fraîchement publié aux Éditions Balland,[1] ce livre est plus qu’un livre de souvenirs ou d’anecdotes, même si certaines gagneraient à être plus largement partagées.

Pour cette dixième émission Les Français qui parlent aux Français du bout du monde, la Voix du Béarn a décidé de prendre de la hauteur en s’intéressant à des Français qui, dans le monde, ont fait honneur aux ailes de la France pendant plus de 40 ans…

Christian Paris n’a pas embarqué seul. Il est avec Jean Serrat – encore un jeune retraité – qui, comme lui, a été commandant de bord à Air France.

Il est venu également avec le général Michel Tognigni, un ancien pilote d’essais de notre Armée de l’Air et de l’Espace qui est l’un des dix spationautes Français. Michel Tognigni a participé aux vols Soyouz TM14 et TM 15 et au vol STS-93, la 26e mission de la navette spatiale Columbia qui a mis en orbite le télescope spatial Chandra ! Il est donc un de ces très rares Français qui se sont aventurés dans l’espace avant devenir chef du Centre des astronautes européens… Là on change de dimension : de 10 km d’altitude on passe à plus de 100 et de 900 km/h à 28.000 km.

Michel Tognigni a écrit la préface du livre de Christian Paris qui a bien failli, lui aussi, devenir spationaute. Habitués à des moments de solitude inédits, entraînés pour faire face à n’importe quelle situation d’urgence, ces trois hommes ont en commun une très grande humilité, comme tous ces hommes ou ces femmes d’exception qui ont un vécu hors du commun.

On ne pouvait pas dans cette émission ne pas faire un clin d’œil à un ancien de la France Libre, terrassé par la Covid, Jean Billaut, un fidèle ami de Christian Paris à qui il a dédié son premier livre « De Gaulle m’a donné des ailes ».[2] De même on ne pouvait pas ne pas constater la tristesse de ces hommes quand ils ont évoqué la fin de leur carrière hors-norme. leur a fallu un beau jour suspendre leurs vols sur des machines volantes sophistiquées pour se limiter désormais aux joies simples du pilotage avec des petits avions privés. Pilote un jour, pilote toujours…

Ce n’est pas sans tristesse dans la voix qu’ils évoquent certains souvenirs, certains amis communs. Et mieux vaut ne pas leur demander quel a été leur dernier vol en tenue ! Christian Paris aborde ce douloureux souvenir à la fin de son livre : « Pour clore 41 ans de nomadisme planétaire » sa « dernière destination ne pouvait que le conduire à Antanarivo chez » son « ami le père Pedro »,[3] « un proche du ciel », lui-aussi, qui a consacré sa vie aux déshérités et qui vit au milieu du peuple d’Akamasoa ». On peut être certain qu’il a savouré chaque minute de ce vol « pour ne rien perdre de ces dernières sensations », entouré à bord de fidèles sans parler de ceux au sol qui le voient si souvent débarquer après plus dix heures de vol et avoir traversé d’un trait tout le continent africain.

En quittant son Boeing 777 pour une 4L dont on ne compte plus les heures de vol, à Akamasoa, il est accueilli par le père Pedro qui a une surprise pour lui. Quand Christian est invité à pénétrer le premier dans l’église de ce village hors du commun, quelle n’est pas sa stupeur de voir 7000 enfants chanter et danser en son honneur. Ce qu’il ressent « est d’une intensité que les mots ne sauraient traduire. Rapidement submergé par l’émotion, je me mêle aux danseurs pour la dissimuler »… Au micro, le père Pedro lui souhaite une bonne retraite sous les acclamations de ces 7000 jeunes Malgaches, de quoi « partir apaisé ».

Et au retour sur son « triple 7 », un dernier « kiss landing » à Roissy pour s’attacher « les faveurs de cette terre sur laquelle je vais devoir apprendre à vivre ».

Un très beau livre. Un grand moment partagé avec Jean-Michel Poulot derrière le micro. Les « vieux pilotes » (il n’y a pas de bons pilotes, il n’y a que des vieux pilotes, si l’on en croit les Américains) manient parfois la plume comme ils ont tenu le manche. C’est le cas de Christian Paris qui fait reverser par l’éditeur, Balland, tous ses droits d’auteur à Akamasoa.

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