Portraits de médecins et chercheurs polonais


02 mars 2021

Les médecins et chercheurs polonais et leur contribution à la médecine mondiale

Les scientifiques polonais sont inscrits dans les annales des découvertes révolutionnaires dans le domaine des sciences naturelles depuis l’aube de l’histoire. Les mérites de Nicolas Copernic ou de Maria Skłodowska-Curie sont d’une importance majeure pour le destin du monde de la science, leurs réalisations sont enracinées dans la conscience universelle.

Cependant, peu savent que les représentants polonais de l’art médical ont laissé un grand patrimoine dans le domaine des sciences médicales. Ils étaient pionniers non seulement de recherches novatrices pour leur époque, mais aussi auteurs de travaux scientifiques de grand envergure, apportant un nouveau regard sur les sciences fondamentales. Il est important de rappeler les mérites de ces grands chercheurs polonais trop souvent sous-estimés ou tout simplement méconnus.

Les grands médecins polonais ont été honorés par une série de timbres postaux, par des médailles et des monuments. Des rues, des places et des hôpitaux portent en Pologne leurs noms.

La série que l’Institut Polonais de Paris vous présente est une sélection non exhaustive. Elle sera régulièrement enrichie de nouveaux portraits.

Dr Wojciech Oczko (1537-1599)

Docteur en médecine et en philosophie, l’un des créateurs de la médecine polonaise, père de la balnéologie polonaise. Médecin à la cour de trois rois polonais : Zygmunt August, Stefan Batory et Sigismund III Vasa. Il a étudié à l’Académie de Cracovie et a obtenu son doctorat dans les universités de Padoue et Bologne. Il était fervent propagateur de la culture physique, y voyant des avantages à la fois pour le corps et pour l’esprit. Il recommandait en particulier l’équitation, la lutte, l’escrime, le jeu de ballon et la danse. Il est l’auteur du dicton selon lequel l’exercice remplacera presque n’importe quel médicament, alors qu’aucun médicament ne remplacera l’exercice. Il a écrit deux ouvrages fondamentaux, dans l’esprit de la médecine moderne, en tenant compte de l’anatomie, de la chirurgie mais aussi de la diététique, établissant de nombreux nouveaux mots dans la terminologie médicale polonaise. Oczko était pionnier de la balnéologie, la science des eaux thermales. Dans son ouvrage intitulé “Cieplice”, il a classé toutes les sources d’eaux médicinales qui se trouvaient sur les territoires de la Pologne de l’époque et a défini les méthodes de balnéothérapie avec de l’eau souterraine et de la boue. Il a été largement reconnu pour l’étude “Przymiot”, dans laquelle il a décrit de manière exhaustive toute la science concernant la syphilis. Aujourd’hui, des rues et des hôpitaux portent le nom de Wojciech Oczko.

Dr Sebastian Petrycy (1554-1626)

Sebastian Petrycy de Pilzno (1554-1626) était un philosophe et médecin polonais, écrivain et traducteur. Il était l’un des principaux philosophes polonais de la Renaissance et créateur de la terminologie philosophique polonaise. Il a enseigné et publié des œuvres notables dans le domaine de la médecine, mais on se souvient surtout de ses traductions magistrales d’œuvres philosophiques d’Aristote et de ses commentaires. Petrycy a apporté une contribution majeure à la terminologie philosophique polonaise naissante. Il a fait ses études de philosophie à Cracovie et de médecine à Padou. Les écrits de Petrycy couvrent trois domaines : les traités médicaux (sur les maladies), les traductions de Horace, ainsi que les traductions et les commentaires sur les œuvres d’Aristote. L’œuvre poétique de Petrycy comprend les traductions et les paraphrases des poèmes d’Horace. Petrycy a fondés deux bourses pour des étudiant de médecine désargentés. En 1613 à Cracovie, il publie l’ouvrage « Instructia ou la science du comportement du temps de la peste » (Instructia abo nauka, jak się sprawować czasu moru).

Dr Jędrzej Śniadecki (1768-1838)

Jędrzej Śniadecki (en anglais, Andrew Sniadecki), né le 30 novembre 1768 et mort le 12 mai 1838, était un médecin polonaisbiologistechimiste, philosophe, écrivain  et chroniqueur satirique. Il a développé les bases de la terminologie chimique polonaise et a écrit le premier manuel de chimie polonais. Il a fait ses études à Cracovie et à Padou. Il était professeur de chimie et de médecine à Vilnius. Il a travaillé sur la théorie des processus de dissolution. En 1808, dans son ouvrage « Rozprawa o nowym metalu w surowej platynie odkrytym… » il a annoncé la découverte d’un nouvel élément atomique, qu’il a appelé “west”, du latin Vestium. Cependant, n’étant pas officiellement confirmé, la découverte de cet élément atomique n° 44, cet fois-ci sous le nom de ruthenium, était attribuée à Karl Claus à la date de 1844. En 1822, Śniadecki a été le premier à décrire la méthode de traitement du rachitisme avec une exposition accrue à la lumière du soleil (qui favorise la production endogène de vitamine D dans la peau). Il a également été propagateur de l’hygiène et de la diététique ainsi que pionnier de l’éducation physique en Pologne. Il est l’auteur d’une œuvre originale et innovante intitulée “Théorie des êtres organiques” publiée en 1804 à Varsovie (traduite en français en 1824), dans laquelle il décrit la caractéristique unique des organismes vivants, le métabolisme. Il était également éducateur, comme en témoigne sa thèse de 1805 « Sur l’éducation physique des enfants ». Il s’agit de l’un des premiers ouvrages polonais sur la théorie de l’éducation physique, dans lequel il souligne que le sens de l’éducation des enfants est l’éducation mentale et les soins de santé, traités comme un tout inséparable.

Jędrzej Śniadecki faisait partie d’une société secrète (Towarzystwo Szubrawców), rassemblant des intellectuels, partisans des Lumières, organisée à l’image de la franc-maçonnerie, qui prônait l’égalité des droits de tous les citoyens et qui combattait la superstition et l’obscurantisme.

On a consacré à Jędrzej Śniadecki un roman biographique, un film documentaire, une œuvre musicale, un monument, une médaille et des timbres postaux. Beaucoup d’écoles et une université portent son nom (Université technico-biologique de Bydgoszcz).

Dr Józef Dietl (1804-1878)

Józef Dietl, né le 24 janvier 1804 à Podbuże et mort le 18 janvier 1878 à Cracovie, était un médecin austropolonais, néphrologue, homme politique, professeur et recteur de l’Université Jagellonne (élu en 1861), premier maire de Cracovie (1866-1874). Il fut pionnier de la balnéothérapie. Dietl est connu mondialement comme un “réformateur de la médecine” pour avoir démontré de manière expérimentale la nuisibilité de la saignée.

Józef Dietl est né d’un père autrichien et d’une mère polonaise. Il a étudié la philosophie à Lviv et la médecine à Vienne. Il a contribué à la réforme de l’enseignement public et à l’introduction du polonais dans les écoles en Galicie, au lieu de la langue allemande, alors obligatoire. Comme maire de Cracovie, il a contribué à la restauration et à la modernisation de la ville. Dans le domaine de la médicine, ses mérites sont très grands. Il a œuvré pour le développement de la physiothérapie, ainsi que de traitements d’ordre hygiénique et diététique. Dietl est considéré comme créateur de la balnéologie polonaise. Il a effectué la classification des eaux thermales polonaises et a popularisé les stations thermales polonaises : Krynica, RabkaIwoniczSzczawnica et Żegiestów. Il a décrit la maladie du rein connue sous le nom de “crise de Dietl” et a établi son traitement.

Plusieurs statues en Pologne ont été érigées en son honneur, notamment à Cracovie, Krynica et Iwonicz. De nombreuses écoles, rues et hôpitaux portent son nom. L’une des rues principales de Cracovie s’appelle Planty Dietlowskie.

Dr Tytus Chałubiński (1820-1889)

Tytus Chałubiński, né le 29 décembre 1820 à Radom et mort le 4 novembre 1889 à Zakopane, était un médecin polonais, chirurgien, professeur de pathologie, botaniste, activiste social et politique, philanthrope, conférencier universitaire, philosophe de la médecine, amoureux de la nature et notamment des Tatras, écrivain. Il était l’un des précurseurs de la médecine climatique polonaise. Il fut le premier médecin polonais de renommée internationale, considéré parfois comme la personnalité la plus remarquable de la seconde moitié du XIXe siècle.

Célèbre pour ses diagnostics pointus et ses traitements efficaces, il était très populaire parmi ses patients, prodiguant gracieusement ses soins aux plus démunis. Il se passionnait pour la botanique, notamment la bryologie, pour la chimie et la minéralogie. Sa collection unique de près de 3000 spécimens, était considéré comme l’une des plus précieuses collections de minéraux dans le monde, jusqu’à ce qu’elle soit dispersée et partiellement détruite pendant les deux guerres mondiales.

Il a été professeur de l’Académie Médico-Chirurgicale et de l’Ecole Principale de Varsovie. Activiste et grand patriote faisant les cours en polonais (malgré les tentatives des autorités de russification de cette partie du pays), il menait des activités politiques et sociales parfois dangereuses, visant à reformer l’éducation publique et d’autres secteurs importants.

En vacances à Zakopane dans les montagnes des Tatras, il a réussi à éradiquer une épidémie de choléra en finançant personnellement des médicaments, de la nourriture, ainsi que la suppression des puits contaminés. Depuis ce temps, les montagnards avaient pour lui une très grande estime, lui attribuant une super puissance. Chałubiński, amoureux de cette région, y revenait très régulièrement en contribuant à son développement. Il a été cofondateur de la Polish Tatra Society et l’un des premiers explorateurs de la nature des montagnes des Tatras. En son honneur, l’un des cols de la crête principale des Tatras s’appelle Les Portes de Chałubiński. Grand propagateur des valeurs climatiques de Zakopane, il a grandement contribué au développement de ce village. Son âge d’or, Zakopane le doit essentiellement à l’activité de ce médecin de Varsovie qui a popularisé ses conditions climatiques auprès de ses patients. Grâce à lui, Zakopane a obtenu en 1886 le statut de station thermale, particulièrement recommandé dans le traitement des maladies pulmonaires. Chałubiński a fondé des sanatoriums pour tuberculeux à Zakopane et dans les Tatras. Vénéré par les montagnards pour ses activités caritatives, il soignait gracieusement toute personne dans le besoin, prônait les valeurs d’hygiène et de prévention des maladies. En raison de ces mérites importants et divers, beaucoup de gens (non seulement de Podhale) croyaient qu’il était doté de pouvoirs surnaturels. À chaque fois qu’il venait dans les Tatras, les habitants l’accueillaient avec les honneurs dignes d’un empereur : une procession, une porte triomphale, des coups de feu et des vivats ! Dr Tytus Chałubiński est considéré comme la figure la plus remarquable de l’histoire des Tatras et de Zakopane.

Dr Benedykt Dybowski (1833-1930) 

Benedykt Dybowski (armoiries Nałęcz), né le 12 mai 1833 à Adamaryn et mort le 30 janvier 1930 à Lviv, était biologiste, zoologiste, voyageur, explorateur et médecin polonais, chercheur au Baïkal, en Extrême-Orient et au Kamtchatka, professeur à l’Université de Lviv et à l’École Principale deVarsovie, considéré comme l’un des pères de la limnologie polonaise; frère aîné du biologiste Władysław Dybowski.

Il fait ses études de médecine et des sciences naturels à l’université de Dorpat et de Wrocław, ainsi que de paléontologie, de biologie et de médecine à l’université de Berlin. C’est dans cette dernière qu’il soutient son doctorat et fait connaissance avec des thèses développées par Charles Darwin. Il enseigne ensuite la zoologie et la paléontologie à Varsovie, alors sous administration de l’Empire russe.

Il participe à l’insurrection polonaise de 1863-1864. Condamné à mort, grâce à l’intercession de zoologistes allemands, il est finalement exilé en Sibérie. Il y étudie alors la faune et la flore de la région du lac Baïkal. Ses observations couvrent un champ très large et englobent la météorologie, la géologie et l’ethnologie. Il revient en Pologne en 1876. De 1878 à 1883, il repart, volontairement, dans le Kamtchatka et la région de l’Amour pour y poursuivre ses recherches.

Il fonde au Kamtchatka des hôpitaux pour lépreux, combat des épidémies, achète des chevaux et des rennes avec son propre argent pour soulager les habitants, souffrant souvent de la faim.

En 1883, il enseigne à l’université de Lviv. Benedykt Dybowski était président de la Société Copernic des naturalistes polonais (1886-1887). Il poursuit les recherches de son frère, Władysław Dybowski (1838-1910), sur les mollusques de Sibérie.

Une grande importance pour la biologie sont les recherches de Dybowski sur la faune endémique du Baïkal. En plus de décrire en détails environ 400 espèces d’animaux vivant dans le lac, il a également décrit les conditions hydrologiques et climatiques de ce lieu. Son œuvre est la théorie de la création de Baïkal et l’évolution de sa faune. Au monde animal de ce lac, il a consacré 43 travaux scientifiques. Certains d’entre eux ont fondé une nouvelle science, la limnologie. Les recherches de Dybowski en Sibérie orientale ont duré moins de douze ans, mais les résultats de ces travaux ont dépassé les résultats d’autres expéditions scientifiques bien financées.

Jan Mikulicz-Radecki (1850-1905) 

Jan Antoni Mikulicz-Radecki (né  le 16 mai 1850, mort le 14 juin 1905), chirurgien polonais, professeur des universités, l’un des pionniers de la chirurgie moderne, ainsi que de l’asepsie et des techniques antiseptiques, inventeur de masques de protection et de gants chirurgicauxinitiateur de nouvelles techniques opératoires et d’instruments chirurgicaux. Il était créateur de deux écoles chirurgicales, à Cracovie et à Wrocław.

Jan Mikulicz-Radecki a publié un total de 232 articles scientifiques. Son nom est associé aux débuts et au développement de la chirurgie moderne du XXe siècle. Il s’est occupé de la plupart des spécialités chirurgicales : chirurgie gastro-intestinale, chirurgie plastique, chirurgie pédiatrique, neurochirurgie ; avec Sauerbruch, il a été le pionnier de la chirurgie thoracique ; il a contribué à l’orthopédie, à l’urologie, à laryngologie et à la gynécologie.

Jan Mikulicz-Radecki est un chirurgien polonais à qui nous devons tout produit de protection individuelle, y compris des masques de protection. Cet inventeur exceptionnel de nouvelles techniques chirurgicales et d’instruments chirurgicaux est également devenu un pionnier dans le domaine des antiseptiques et de l’asepsie. Mikulicz a constamment amélioré les méthodes antiseptiques de soins de blessures. Il a utilisé l’iodoforme, et en 1885 a introduit les premiers gants chirurgicaux en soie. Des masques chirurgicaux sont apparus un peu plus tard, en 1896, et étaient faits en coton. Ils couvraient efficacement la bouche et le nez et étaient appelés « masques de Mikulicz ». Il a inventé également une pommade contenant une solution de nitrate d’argent et de lotion péruvienne (dite « pommade de Mikulicz » – Unguentum Argenti nitratis compositum) qui est toujours utilisée dans le traitement des plaies difficiles à guérir et comme un médicament antibactérien efficace.

Il a eu de nombreux contacts internationaux, il a été invité à des conférences aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Russie et au Japon. Il est médecin honoris causa des universités de Glasgow et de Philadelphie. Pour l’honorer, on a érigé un monument, un buste, un relief et une plaque commémorative. Un prix médical et un grand hôpital de Wrocław portent le nom de Mikulicz-Radecki.

Rudolf Weigl (1883-1957)

Rudolf Stefan Jan Weigl, né le 2 septembre 1883 à Prerau et mort le 11 août 1957 à Zakopane, est un biologiste polonais et l’inventeur du premier vaccin efficace contre le typhus européen. Sa candidature a été présentée à plusieurs reprises au prix Nobel. Il a fondé l’Institut Weigl à Lwów en Pologne (maintenant Lviv en Ukraine), où il menait ses recherches sur le vaccin. Ce fut là que, pendant la Shoah, il abrita des Juifs au risque de se faire tuer par les nazis ; ses vaccins étaient transportés en contrebande à l’intérieur du ghetto local ainsi que celui de Varsovie, permettant de sauver des vies innombrables, ce qui lui a valu le titre de Juste parmi les nations.

Né à Prerau, Rudolf Weigl est issu d’une famille autrichienne. Après le décès de son père dans un accident de vélo quand il était petit, sa mère Elisabeth Kroesel épousa Józef Trojnar, professeur de lycée polonais, et s’installa avec sa famille à Jasło en Pologne. Plus tard, la famille déménagea à Lwów, où Weigl obtint son diplôme en 1907 du département de biologie à l’université Jan Kazimierz de Lwów. Il y suivit les enseignements des professeurs Benedykt Dybowski (1833-1930) et Józef Nusbaum-Hilarowicz (1859-1917). Après la fin de ses études, Weigl devint assistant de Nusbaum et reçut son habilitation en 1913 au département de zoologie comparative et d’anatomie. De 1918 à 1920, il a travaillé dans un laboratoire militaire à Przemyśl, avant d’être nommé professeur de biologie à l’Université de Lwów. Il y créa son Institut de recherche sur le typhus et les virus. Il élabora, à partir de 1930, le premier vaccin contre le typhus européen (en latin: Typhus exanthematicus), une maladie infectieuse bactérienne qui provoque de graves épidémies et la mort de millions de personnes. Il fut précurseur de l’utilisation des insectes, principalement les poux, comme animaux de laboratoire.  Grâce à ses travaux, il acquiert dans l’entre-deux-guerres une renommée mondiale. Des scientifiques du monde entier venaient à l’Institut du professeur Weigl pour approfondir leurs connaissances biologiques et apprendre ses méthodes de recherche.

Après l’invasion des troupes soviétiques de septembre 1939, il poursuit les activités de l’Institut dans Lvov, désormais occupé. La production de vaccins contre le typhus est massivement augmentée. Après l’invasion allemande de la ville en juin 1941, les nouveaux occupants abattent 25 professeurs de l’université, y compris l’ancien Premier ministre et mathématicien polonais Kazimierz Bartel. En raison du danger croissant pour sa propre vie, Weigl se déclare prêt à continuer son travail, mais refuse de signer la Deutsche Volksliste. Les nazis s’intéressèrent de près à ses recherches. Au cours des quatre années suivantes, Weigl sauva la vie de nombreuses personnes dont le nombre est estimé à plusieurs milliers en qualifiant leur travail « d’important pour l’effort de guerre ». Parmi les employés figuraient des professeurs d’université polonais tels que Stefan BanachBronisław Knaster et Władysław Orlicz. Les employés nourrissaient de leur sang des poux infectés et le sérum était extrait des intestins des insectes. Parmi les rescapés se trouvaient aussi des Juifs, comme son collègue de science naturelle et sociologue Ludwik Fleck. Ainsi, Weigl employa et protégea des intellectuels polonais, des Juifs et des membres de la résistance polonaise. Grâce à la contrebande, ses vaccins sauvèrent des vies innombrables dans les ghettos de Lwów et de Varsovie jusqu’à ce que l’Institut soit fermé par les forces de l’Union soviétique après l’offensive de 1944.

Weigl vint à Cracovie en 1945. Il reçut la chaire de l’Institut de microbiologie générale à l’Université Jagellon de Cracovie et, plus tard, la chaire de biologie à la Faculté de médecine de Poznań. La production du vaccin demeura à Cracovie dans les années qui suivirent et jusqu’à aujourd’hui. Le nouveau régime lui proposa également des installations de fabrication de vaccins à Moscou. Son refus de s’impliquer dans le régime socialiste lui fut dommageable. Il mourut, brisé et oublié, le 11 août 1957.

Le professeur Rudolf Weigl reçut de nombreuses distinctions pour ses mérites médicaux et scientifiques, mais aussi pour son engagement pendant la guerre. En 2003, il reçut à titre posthume la médaille de Juste parmi les nations décerné par l’État d’Israël. L’Institut Weigl occupe un rôle important dans le film d’Andrzej ŻuławskiTroisième partie de la nuit (1971).

Dr Henryk Jordan (1842-1907)

Henryk Jordan (né le 23 juillet 1842 à Przemyśl – mort le 16 mai 1907 à Cracovie) est un médecinphilanthrope et professeur polonais. Pionnier de l’éducation physique et sportive en Pologne, il enseigne la gynécologie obstétrique à l’Université Jagellon de Cracovie à partir de 1895. Il est reconnu pour la création de terrains de jeux pour les enfants, appelés les jardins Jordan, uniques au monde.

Henryk Jordan naît dans le village de Zakliczyn au sein d’une famille noble et pauvre de l’aristocratie polonaise. Il fait des études secondaires à Tarnopol et Tarnów. En 1861, il est menacé d’expulsion après avoir participé à une manifestation pro-polonaise. En 1862, il déménage à Trieste et termine ses études secondaires en italien une année plus tard, avec mentions. Il commence ses études à l’université de Vienne, puis les poursuit à l’Université Jagellon de Cracovie à partir de 1863. Il fait ses examens en sciences en 1867, mais n’obtient pas sa maîtrise en raison d’une pneumonie. Il déménage à Berlin, puis à New York. C’est à ce moment qu’il est en contact pour la première fois avec la Swedish school of gymnastics pour filles et jeunes femmes, qui aura une grande influence sur lui.

Jordan commence sa carrière de médecine aux États-Unis et ouvre parallèlement une école pour sage-femme. De retour en Europe, il travaille d’abord en Angleterre, puis en Allemagne, avant de revenir à Cracovie. Il y exerce diverses fonctions. De 1895 à 1901, il est député de la ville à la Diète de Pologne. À la même époque, il est à la tête de la Société gynécologique de Cracovie, de la Société des Médecins et de l’Association polonaise des professeurs des études supérieures. Il intègre notamment l’éducation physique au cursus de toutes les écoles polonaises.

L’un des plus grands accomplissements d’Henryk Jordan est la création, en 1889, du premier terrain de jeux public de Cracovie ayant des infrastructures d’exercices inspirées de celles présentes aux États-Unis. Le « jardin Jordan » comprend ainsi une piscine, 12 terrains de jeux et de football ainsi que plusieurs pistes de course à pied. Des infrastructures d’intérieur ont été ajoutées en 1906.

Le concept de jardin de jeu Jordan a été populaire non seulement en Pologne. Selon la devise du dr Jordan sur l’éducation d’une génération saine de Polonais, les jardins similaires ont ouvert dans d’autres villes galiciennes, et peu de temps après aussi à Varsovie, Płock, Kalisz, Lublin, Katowice. En 1929, la Société Jardins Jordan a été fondée pour promouvoir et soutenir la création de ces établissements récréatifs et sportifs pour enfants.

Les jardins Jordan en Pologne étaient uniques au monde. En Europe, jusqu’à la fin du XIXe siècle, des jardins spécifiquement pour enfants n’existaient pas encore.

Henryk Jordan fut décoré de la croix de Commandeur de l’ordre Polonia Restituta.

Kazimierz Funk (1884-1967)

Kazimierz Funk, né le 23 février 1884 à Varsovie et mort le 19 novembre 1967 à New York, était un biochimiste polonais, le premier chercheur qui a isolé et formulé la vitamine B1, en 1912. C’est également à lui que l’on doit le terme « vitamine ». Il est considéré comme le « père de la vitaminothérapie ». Il a été nominé quatre fois pour le Prix Nobel, sans jamais le recevoir.

En 1900, après avoir étudié à Varsovie, il s’installe en Suisse. Il a étudié la biologie à Genève, puis la chimie à Berne. Il fait son doctorat en 1904. Dans les années suivantes, il a travaillé à l’Institut Pasteur de Paris, à l’Université de Berlin et au Royaume-Uni (il a mené des recherches sur le béribéri, maladie jusque-là inconnue). Il a découvert et extrait la première vitamine B1 du son de riz. Ses recherches ont révélé la présence de cette vitamine dans une variété d’aliments, entre autres dans la levure, le lait et le cerveau de bœuf.
Funk est l’auteur du terme « vitamine » (latin : vita – vie, amina – produit chimique contenant un groupe d’amine), qu’il a introduit en 1912. Il a été aidé par Louis Rajchman, qui a suggéré à Funk d’écrire une publication de revue liée à son travail, et non pas une publication sur un travail expérimental, pour éviter la nécessité de permission des supérieurs de Funk qui s’opposaient à l’utilisation du nouveau terme « vitamine ». L’article est paru dans The Journal of State Medicine. Ensuite, Funk a publié un livre, The Vitamines (1912), et a reçu une bourse pour poursuivre ses recherches.
Funk traitait des patients malades d’avitaminose. Il proposait l’hypothèse selon laquelle d’autres maladies, telles que le rachitisme, la pellagre, la maladie cœliaque et le scorbut puissent être également guéries grâce à la prise de vitamines. Il a postulé l’existence d’autres nutriments essentiels, connus sous le nom de vitamines B1, B2, C et D. Il a effectué la plupart de ses travaux de recherche à l’Institut Pasteur de Paris.
Pendant la Première Guerre mondiale, il s’installe aux États-Unis, où il mène des recherches sur l’utilisation des vitamines à des fins médicales. En 1923, il retourne en Pologne. De 1923 à 1928, il dirige département de biochimie de PZH (Institut national de l’hygiène) à Varsovie, y travaillant, entre autres, sur l’isolement de l’insuline. Il a étudié les effets de la vitamine B1 sur le métabolisme des glucides et a étudié l’acide nicotinique.
En 1928, il se réinstalle à Paris, où il mène des recherches sur les hormones. En 1936, il a déterminé la structure moléculaire de la thiamine. En 1939, après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, il retourne aux États-Unis, où il reste jusqu’à la fin de sa vie. Il devient en 1940 président de la Funk Foundation for Medical Research. Dans cette dernière période, il mène des recherches sur la biochimie du cancer.
Il est l’auteur de plusieurs centaines de publications scientifiques.
Il meurt à New York à l’âge de 83 ans.
Kazimierz Funk a été nominé quatre fois pour le Prix Nobel, en 1914, 1925, 1926, 1946, sans jamais le recevoir.

Napoleon Cybulski (1854-1919)

Napoleon Nikodem Cybulski (né le 14 septembre 1854 à Kryvanosy, mort le 26 avril 1919 à Cracovie) était un physiologiste polonais, découvreur de l’adrénaline, l’un des créateurs de l’endocrinologie, mais aussi pionnier de l’électroencéphalographie. Il a été nominé trois fois pour le Prix Nobel, sans jamais le recevoir.

Après avoir fait son doctorat en médecine en 1885 à Saint-Pétersbourg, il s’installe à Cracovie et prend un poste de chef du Département de physiologie, d’histologie et d’embryologie de l’Université Jagellon, où il est ensuite doyen de la Faculté de médecine, pro-recteur et recteur. Il est membre de l’Académie des compétences (Akademia Umiejętności). Il est considéré comme le créateur de l’école de physiologie de Cracovie.

Il est pionnier de l’électroencéphalographie et de l’endocrinologie en Pologne et dans le monde. Il est codécouvreur des courants fonctionnels cérébraux du cerveau (1890). Il fut l’un des premiers en 1890 à faire un enregistrement EEG du cortex cérébral. Avec Adolf Beck, il a mené une étude pionnière à l’échelle mondiale des ondes électroencéphalographiques.

En 1895, il découvre les interactions hormonales de la médulla surrénale et de l’adrénaline qu’il avait isolée et identifiée. Il a appelé cette substance adrénaline (nadnerczyna en polonais, “adrenal gland” signifiant nadnercze). Il introduit en médecine ce terme pour les composés biologiquement actifs sécrétés de la surrénale.

Il a été l’un des premiers au monde à enregistrer et à décrire le débit sanguin dans les artères carotides et fémorales. En utilisant le photohémotacomètre construit par Cybulski, Andrzej Klisiecki a réalisé dans les années 1930 et 40 des fameuses études sur les changements de la pression artérielle en fonction des phases de l’action systolique du cœur.

Il a initié en Pologne des recherches sur l’hypnose. Une partie des thèses de son livre « L’hypnotisme du point de vue physiologique » permet de le classer comme un précurseur du concept d’inconscient, devançant les idées de Freud.

Napoleon Cybulski est auteur d’une centaine d’articles scientifiques. Parmi ses disciples se trouvent des scientifiques remarquables. En plus de la médecine, il s’intéressait également aux questions sociales et a publié des livres et des articles à ces sujets. Il était notamment un fervent partisan de l’accès des femmes aux études médicales.

Napoleon Cybulski a été nominé trois fois pour le Prix Nobel, en 1911, 1914, 1918, sans jamais le recevoir.

Ludwik Hirszfeld (1884-1954)

Ludwik Hirszfeld (5 août 1884Varsovie – 7 mars 1954Wrocław), médecin polonais, bactériologiste, immunologue, microbiologiste, considéré comme l’un des découvreurs du système ABO des groupes sanguins. Il a aussi découvert leur hérédité. Il est fondateur de l’école d’immunologie polonaise et de la séro-anthropologie. Il a été nominé pour le Prix Nobel en 1950.

Après avoir terminé ses études au lycée de Łódź, Hirszfeld, né dans une famille juive et converti plus tard au catholicisme, décida d’étudier la médecine en Allemagne. En 1902, il entra à l’université de Wurtzbourg et en 1904 à celle de Berlin, où il suivit des cours en médecine et en philosophie. Il devint assistant à l’Institut de Heidelberg pour la recherche  sur le cancer, sous la direction de E. von Dungern, avec lequel il réalise leur premier travail commun sur les groupes sanguins chez l’animal et chez l’homme. En 1911, il devint assistant à l’Institut d’hygiène de l’université de Zurich.

Pendant la Première Guerre mondiale Hirszfeld demanda à travailler en Serbie, ravagée par des épidémies de typhus et de dysenterie. Il resta avec l’armée serbe jusqu’à la fin de la guerre, exerçant les fonctions de conseiller en sérologie et bactériologie. C’est à cette époque qu’à l’hôpital pour maladies contagieuses de Salonique il découvrit le bacille Salmonella paratyphi C, aujourd’hui nommé Salmonella hirszfeldi.

Peu de temps après la Première Guerre mondiale, Hirszfeld revint à Varsovie où il créa un institut sérologique et l’Institut d’hygiène. Il y devint directeur chargé des recherches scientifiques et, en 1924, y fut nommé professeur. En 1931, il fut appelé comme professeur titulaire à l’université de Varsovie et participa à de nombreux comités internationaux.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, lors de l’occupation de la Pologne par l’armée allemande, Hirszfeld fut démis de ses fonctions comme « non-aryen » ; des protections lui permirent de continuer son travail scientifique chez lui, mais il lui était impossible de publier. En 1941, Hirszfeld fut forcé de s’installer dans le ghetto de Varsovie avec sa femme et sa fille. Il y organisa des mesures antiépidémiques et des campagnes de vaccination contre le typhus et la typhoïde. Il y donnait des cours de médecine clandestins. En 1943, il réussit à s’enfuir du ghetto avec sa famille. Ils parvinrent à survivre cachés sous de faux noms et en changeant de cachette. Quand une partie de la Pologne fut libérée en 1944, Hirszfeld participa immédiatement à la création de l’Université de Lublin dont il devint le prorecteur. En 1945, il devint directeur de l’Institut de microbiologie médicale de Wrocław et doyen de la faculté de médecine. Jusqu’à sa mort, il enseigna à l’Institut, qui a pris son nom. En 1946, il a publié son autobiographie, Histoire d’une vie.

C’est à Hirszfeld et von Dungern qu’on doit les appellations A, B, AB et O pour les groupes sanguins ; auparavant on parlait des groupes I, II, III et IV. Il a proposé les désignations l’A et B en raison des agglutinines. En 1910-1911, il a découvert l’hérédité des groupes sanguins, découverte qui a permis d’établir l’exclusion de paternité par la sérologie. Pendant la Première Guerre mondiale, il écrivit avec sa femme des travaux sur la séro-anthropologie, à l’origine des conclusions fondamentales sur la composition des races humaines présentes et passées. Selon sa théorie des groupes sanguins dite des Pléiades, les autres groupes se sont probablement développés au cours de l’évolution à partir du groupe O, le plus archaïque.

Hirszfeld a été le premier à prévoir entre la mère et l’enfant le conflit sérologique qu’a confirmé la découverte du facteur Rhésus. Sur cette base, il a développé, dans les dernières années de sa vie, une théorie « allergique » des avortements et a recommandé la thérapie par les antihistaminiques. Hirszfeld a aussi enquêté sur les tumeurs et la sérologie de la tuberculose. Sa découverte de l’agent infectieux de la fièvre paratyphoïde C a eu des conséquences importantes pour le diagnostic différentiel.

Hirszfeld a reçu de nombreux honneurs, y compris des doctorats honoraires des universités de Prague et de Zurich. Il a écrit presque 400 travaux en allemand, en français, en anglais et en polonais, un grand nombre en collaboration avec d’autres chercheurs célèbres et beaucoup avec sa femme.

Il a été nominé pour le Prix Nobel en 1950, sans jamais le recevoir.

PL : https://pl.wikipedia.org/wiki/Ludwik_Hirszfeld

FR : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ludwik_Hirszfeld

ENG : https://en.wikipedia.org/wiki/Ludwik_Hirszfeld

Tadeusz Reichstein (1897-1996)

Tadeusz Reichstein, né le 20 juillet 1897 à WłocławekPologne et mort le 1er août 1996 à BâleSuisse, était un biochimiste polono-suisse. Il a été le premier à synthétiser la vitamine C et à isoler la cortisone. Lauréat du Prix Nobel de physiologie ou médecine en 1950[].

Il est né dans une famille polonaise d’origine juive. Son prénom lui a été donné en l’honneur de Tadeusz Kościuszko, héros national polonais. Après avoir passé sa petite enfance à Kiev, en Ukraine, où son père était ingénieur, Reichstein fut mis en pension à Iéna, en Allemagne. La famille s’installa finalement en Suisse. Il étudie la chimie à l’Université fédérale de technologie de Zurich (ETHZ), obtenant un diplôme en 1920. En 1922, il obtient son doctorat et poursuit son travail à l’ETHZ, où il est professeur de chimie organique de 1930 à 1938. De 1938 à 1967, il est professeur à l’Université de Bâle. En 1952, il est élu membre étranger de la Royal Society de Londres et en 1994, il devient membre étranger de l’Académie polonaise des sciences.

En 1933, il synthétise l’acide ascorbique (vitamine C), indépendamment de W.N. Haworth qui le fait un an plus tard. C’est pourtant Haworth qui reçut le prix Nobel de chimie en 1937 pour cette découverte.

Néanmoins, c’est la méthode de Tadeusz Reichstein, appelée « procédé Reichstein », un procédé industriel de synthèse artificielle de la vitamine C, qui porte toujours son nom. En 1936, il isole la cortisone, ainsi que d’autres hormones du cortex surrénal. En 1950, il reçoit le prix Nobel de physiologie ou médecine (partagé avec E. C. Kendall et P. S. Hench) pour ses découvertes sur les hormones du cortex des glandes surrénales, leur structure et leurs effets biologiques[]. En 1951, il reçoit, avec Kendall, le Prix Cameron pour la thérapeutique de l’Université d’Édimbourg. En 1968, il reçoit la médaille Copley, la plus prestigieuse et la plus ancienne récompense dans le domaine des sciences, attribuée par la Royal Society de Londres. La cortisone est un médicament qui a révolutionné la médecine et changé la vie de millions de patients dans le monde.

Tadeusz Reichstein apportait son soutien aux jeunes Polonais qui étudiaient et travaillaient dans les universités suisses, en leur finançant des bourses. Il a reçu le titre de docteur honoris causa de la Sorbonne de Paris (1947), de l’Université polonaise de Londres (1947) et de l’Académie médicale de Gdańsk (1995). Depuis 1988, il a été membre honoraire de la Société scientifique de Włocławek, il a reçu la médaille du mérité de la ville de Włocławek, et en 1994 la citoyenneté d’honneur de cette ville.

Il est mort à Bâle en Suisse en 1996, à l’âge de 99 ans.

PL : https://pl.wikipedia.org/wiki/Tadeusz_Reichstein

FR : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tadeusz_Reichstein

ENG : https://en.wikipedia.org/wiki/Tadeusz_Reichstein

dr Janusz Korczak (1878-1942)

Janusz Korczak (né le 22 juillet 1878, mort le 6 août 1942), de son vrai nom Henryk Goldszmit, est un médecin-pédiatre, éducateur, pédagogue et écrivain polonais. Avant la Seconde Guerre mondiale, il est une des figures de la pédagogie de l’enfance les plus réputées. Il laisse son nom à la postérité pour son œuvre de pédagogie, sa littérature enfantine, et son engagement en faveur des droits de l’enfant. Il est reconnu comme le précurseur et l’inspirateur de la Convention des droits de l’enfant. Grand témoin de son temps, il s’est battu toute sa vie pour défendre et faire respecter l’enfant jusqu’à avoir choisi délibérément d’être déporté du ghetto de Varsovie au camp d’extermination de Treblinka avec les enfants juifs de son orphelinat. Il y est mort pour ses conv

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