En 2021, qui dirige l'évolution de la langue française ?


25 février 2021

Depuis sa solidification dans les dictionnaires et sa fabrication dans la rue, jusqu’aux spécificités de la phrase française, racontées par un de ses pratiquants actuels, en passant par la résistance du vouvoiement et le pouvoir de la voix, “Marianne” célèbre la langue française. Laquelle traverse une période de bouillonnement qui rappelle la Renaissance ou l’Encyclopédie. Cette tempête linguistique bouscule l’usage, mais reste canalisée par un attachement viscéral à la norme.

Protégez-vous davantage du ou de la Covid ? Sur cette question, l’Académie française a jeté un sacré dico dans la mare linguistique. S’appuyant sur le disease de CoviD, une maladie donc, elle a classé ce mot dans le genre féminin. Mais cette prise de position est intervenue en mai 2020, soit trois mois après la création du mot… Provoquant un certain émoi dans les salles de rédaction et des railleries sur les réseaux sociaux. Bien des Français se sont moqués de cette préconisation, à la fois tardive et à contrecourant de l’usage. Sauf que, trop nombrilistes, les railleurs ont omis de tendre l’oreille vers le Canada, où les francophones avaient opté pour le genre féminin. « En fait, l’Académie aurait dû faire comme l’Office québécois de la langue française regrette le linguiste Mathieu Avanzi. Dès le début, l’Office s’est prononcé pour le masculin, et les médias ont suivi. » Résultat, on ne sait plus à quel genre vouer le mot star de l’année 2020…

En matière de langue, le précepte est clair : c’est l’usage qui décide. Mais comment se forme-t-il ? Un concept assez mystérieux, finalement. D’autant que jamais les acteurs n’ont été aussi nombreux à forger cet usage. « On n’a jamais autant écrit » rappelle le linguiste Bernard Cerquiglini, avec la révolution numérique et les smartphones, véritables machines à écrire glissées en double peau. Il fut pourtant un temps où l’immense majorité des Français était analphabète et ne parlait pas même français. « Au XVIIe siècle, c’est le milieu de la Cour qui dictait la norme, rappelle le lexicologue Jean Pruvost. Et les femmes y jouaient un grand rôle car elles n’étaient pas “polluées” par le latin, qu’elles ne connaissaient presque jamais. » C’est à cette époque qu’on créa l’Académie avec une ambition : fixer le français… et donner un coup de pouce à l’usage « de la partie la plus saine de la Cour »...

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